Au moins trois quarts des hausses de coûts agricoles sont répercutées sur les prix de production des industriels de l’agroalimentaire sur le marché français
Entre janvier 2021 et janvier 2023, les prix des produits agricoles à la production augmentent de 30,7 %, dans un contexte de reprise post-Covid, d’événements climatiques extrêmes et de tensions géopolitiques. Sur la même période, les prix de vente des industriels de l’agroalimentaire sur le marché français croissent de 29,5 %.Le comportement de fixation des prix des industriels de l’agroalimentaire joue un rôle déterminant dans la transmission des hausses de coûts agricoles aux prix de vente. Entre 2015 et 2023, les intrants agricoles ont représenté en moyenne 35 % des coûts variables des industriels de l’agroalimentaire (à côté des coûts des autres intrants – énergie, emballages, etc. – et du coût de la main d’œuvre). Lorsque les coûts des intrants agricoles varient, une estimation sur données individuelles d’entreprises suggère que ces variations sont répercutées à hauteur des deux tiers dans les prix de vente de ces sociétés, et même des trois quarts pour les produits destinés au marché français. Cette transmission est progressive : elle s’opère sur cinq trimestres pour les produits destinés aux distributeurs, mais sur trois trimestres seulement pour les autres clients, notamment industriels.Sur les sociétés étudiées, la hausse des prix des intrants agricoles payés par les industriels est de 41 % et entraîne une augmentation de leurs coûts de production de 15 % en 2023 par rapport à 2021. Répercutée aux trois quarts dans les prix aux distributeurs, elle permet d’expliquer 42 % de l’inflation des prix des industriels de l’agroalimentaire sur la période. Pour autant, cette estimation est sans doute une borne inférieure, car elle mesure la réaction d’une société à une hausse de coûts qui lui est propre, et non la réaction collective du secteur à un choc généralisé. Or, dans le contexte des années 2021 à 2023, marqué par des hausses simultanées de l’ensemble des coûts (tous intrants agricoles, mais aussi intrants énergétiques et coût du travail) la pression concurrentielle s’atténue et les sociétés auraient pu davantage répercuter leurs hausses de coûts sans craindre de perdre des parts de marché.
